mercredi 4 mai 2011

La grosse pas fine

Je fais mon coming out de méchante maman, si vous n’étiez pas déjà au courant de mes tares.

Voilà : je déteste recevoir les amis de mes enfants chez moi.

Ouin, platte de même.  J’y peux rien, c’est plus fort que moi.  La fin de semaine, je vois l’heure du matin avancer et je me croise les doigts qu’il n’y en ait pas un qui me pose la question fatale :  « Je peux-tu inviter un ami ? »  avant midi.  Après, je dis «  Yé trop tard, désolée mon chou, peut-être demain. »  Et le demain passe, et oups! On a des commissions subitement et on se reprendra la semaine prochaine.  

Des fois, ça marche, mais pas tout le temps.  Pour que les demandes se calment, il faut bien céder une fois ou deux.  Et là, je dis « Pas avant 13h30!  Pis il fait beau, vous allez jouer dehors! » puis j’enfile ma face de beu des grands jours, celle qui est pire que les jours ordinaires.  Je me transforme alors en maman sévère après les salutations de bienvenue de l’ami en question.  Criez pas, courez pas partout, demandez pas des collations avant 15h, non, elle peut pas rester à souper, non, pas à coucher non plus, on fait pas de peinture, voyons donc! 

La plupart des amis ont un peu peur de moi et je les tiens en respect.  C’est pas avec moi que tu es venu jouer et c’est pas un Club Med ici.  Je ne suis pas non plus un dépanneur où tu peux piger 3-4 popsicles ou quelques collations alors que mes enfants ne mangent qu’aux repas.  Ils en ont des bonnes idées, les amis!  Samedi dernier, 30 avril,  20 degrés.  J’entends l’amie de ma fille chuchoter : « Demande à ta mère si elle veut qu’on s’arrose. »  La grande revient avec la demande, qu’elle n’aurait probablement pas osé penser elle-même, me connaissant.  « Allô?  C’est pas l’été, les filles!  Pis mettez vos gougounes, on se promène pas dehors nu-pieds au mois d’avril! »  Et là, ça insiste, comme si je changerais d’idée un jour.  Alors elles s’en vont dans le salon, faire jouer de la musique fort avec le iPod, rient comme des folles et crient comme si elles étaient soûles.  On s’en sort pas, y en a des plus bruyants que d’autres.  Moi qui étais en train de nettoyer la piscine, j’ai failli fermer la porte patio mais je me suis dit que c’était trop. 

Mon fiston n’est pas en reste.  Nos petits voisins, deux garçons de 9 et 11 ans, sont revenus de chez leur mère (on pense parce que leur histoire est un peu fuckée pour nous).  Fiston s’est matché avec celui de 9 ans, entre autres parce qu’il est aussi grand que lui.  Ce n’est pas que ce sont de mauvais garnements mais ils sont laissés à l’abandon par leur colon de père.  Un qui peut tout faire et un autre qui a des parents un peu trop sévères.  Les gars ont passé la fin de semaine à clouer des planches sur un arbre (sur l’autre terrain, évidemment), à essayer de se faire une balançoire ou une échelle, je sais pas trop.  Ils ont aussi joué aux autos téléguidées, dans le milieu de la rue, ce que mon fils ne fait jamais quand il est seul.  En fin de journée, il vient me demander : 

-         On peut-tu aller au dépanneur?
-         HEIN?!  (pis là, je me demande vite, vite, yé où le dépanneur le plus proche).
-         On va y aller à pied, mon ami va me surveiller!
-         Ben oui!  Ta sœur s’occupe même pas encore de toi pis vous allez même pas encore à l’école tous seuls!  Le dépanneur est trois fois plus loin que l’école!  Pas question, pis pas avant une couple d’années certain!

Et ça insiste, ça pleurniche. Tu veux jamais!  On est capables!  Et le papa de dire, je vais y aller avec eux autres, moi.  C’est ça, fais ton cool.  Pour acheter quoi?  Tu viens de dire qu’on dépense trop pis tu vas leur acheter des cochonneries qu’on a déjà ici?!  Pis en plus, ils vont savoir le chemin pour y aller!  Eh merde.  Ils sont pas allés finalement. 

Je ne sais pas comment les parents des amis élèvent leurs enfants mais ils semblent vraiment trop cools à mon goût.  Y a une maman qui, quand elle vient chercher sa fille, reste plantée dans l’entrée à l’attendre, patiemment, sans placoter, le grand sourire aux lèvres, comme si elle avait jamais de souper à faire.  Un jour, elle est restée presque 20 minutes.  Qu’est-ce que tu fais durant tout ce temps avec quelqu’un qui te répond à peine et qui semble mésadaptée socialement?  Il y a deux ans, elle venait voir jouer les filles dans ma cour arrière, pendant que mon chum et moi étions en train de finir de souper, sa face dans ma porte patio.  MA BULLE!!!!!!!!!!!  Tellement contente que sa fille ait une amie qu’elle venait le soir, vers 19h, faire sonner sa fille pour aller jouer dehors.  Aie!  Elle est dans le bain, ma fille!  J’ai dû leur écrire un petit mot, un jour de désespoir (parce que ma fille commençait les trouver envahissantes, du haut de ses 6 ans).  Ça disait :  « Appelez avant de venir s.v.p. Merci! 777-7777 »  Pas eu de nouvelles avant quelques mois.  Je crois qu’elle ne m’aime pas, la madame.  Moi non plus, ça adonne-tu bien.  Ça n’a pas empêché les deux filles de rester amies mais pour les mamans, y a rien à faire mais les limites sont claires. 

Je m’ennuie du temps où les enfants étaient petits juste pour ça.  Ils ne pensaient pas inviter des amis parce que d’être avec nous, ça leur suffisait.  Mon chum et moi,  on est sauvages et on aime le calme.  Je comprends que de recevoir des amis à la maison permet de resserrer des liens, je l’ai fait en masse quand j’étais jeune.  C’est pour ça que je me parle fort.  Ça a quand même des avantages, celui de ne pas se faire bêler après :  « J’ai rien à faire, mamaaaaaan! »  Et puis, je dois pas avoir l’air si pire que ça, les amis reviennent. 

Une petite cute, pour finir.  Mon fils, après avoir passé toute sa fin de semaine dehors avec son ami, ne veut pas rentrer, dimanche soir, 19h00.  Il pleure, menace de ressortir (mais a trop peur de la conséquence), crie « Juste deux minutes! » (j’ai arrêté de compter après 75 fois) et pense qu’on a encore 3 jours de congé (c’était à Pâques, ça, minou).  Avec l’expérience, on ne s’obstine pas, on ferme les fenêtres et on laisse crier, on essaie les paroles douces, ça marche pas, on laisse crier.  Papa apporte la doudou et l’oreiller de son fils dans l’entrée (où il est toujours) et va lire une histoire à sa fille.  Moi, je vais prendre ma douche pour masquer le bruit de fond et parce qu’il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre.  Je sors de la douche, la porte s’ouvre et mon grand vient me coller, la face pleine de sable et de larmes.  « Je suis fatigué maman, je m’excuse. » 

Sept ans, l’âge de raison, qu’ils disent.

1 commentaire:

  1. Sauvage, toi et ton chum... Je ne sais pas si c'est si mauvais que cela. Je crois que de passer du temps dans son petit cocon familial c'est ce qui aide a tisser des liens forts avec les membres de notre famille. Et lorsque je regarde vos marmots, cela saute aux yeux qu'ils se sentent bien avec leurs parents et aiment leur présence... même si les ti-namis commencent a prendre un peu de place.

    Si c'est les bénéfices d'être sauvage, je veux être sauvage moi aussi!!

    La belle-cousine de la Rive-Sud xo

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