mercredi 7 septembre 2011

Flou médical


Mardi 6 septembre.  Bureau de mon charmant dermatologue que je n’ai pas vu depuis presque dix ans.

-         Êtes-vous sûre que vous avez ce grain de beauté depuis toujours?
      -         Euh, à vrai dire, je ne suis plus sûre.  Peut-être pas non.
-         Parce que c’est quelque chose qui est apparu depuis quelques années.
-         Ah.  Et?
-         C’est une kératose.
-         Euh… ah bon.
-         C’est génétique.  Des cellules de peau qui changent de couleur en surface, ça sèche et ça devient un peu comme un grain de beauté mais plus pâle.  Ça s’enlève à l’azote liquide, ça peut revenir.
-         C’est dangereux?  C’est à cause du soleil?
-         Non, non.  Ça apparaît comme ça, ça s’agrandit avec le temps mais c’est rien.  Vraiment.  On l’enlève aujourd’hui? 


Et comment!  À voir son regard de côté quand il me demandait si je l’avais toujours eu, j’ai eu deux secondes de flottement.  Comme si ma petite vie était soudain suspendue par ses paroles.  C’est fou ce qui peut nous passer dans la tête en deux secondes.  « Ça y est.  On est rendu là.  Il va me le dire.  Maudits coups de soleil à marde.  Vais-je me mettre à pleurer si c’est ÇA?  Ça se peut pas.  Non. Non.  Ça sonne bien : kératose.  Ça finit par « ome »… ». 

Je ne pense pas à la maladie.  Le cancer de la peau, par exemple, j’y pense quand j’ai pas le goût de me mettre de la crème solaire.  J’ai tellement eu de coups de soleil dans ma vie que  je me dis, si y a quelque chose qui peut m’arriver, c’est peut-être ça.  Mais j’y pense pas, je vous le dis, je veux pas l’appeler quand même.  Maintenant, je fais plus attention et je suis hyper attentive aux signes d’où ma visite chez mon dermato pour ce grain de beauté qui n’en est pas un, finalement.  Tout est bien qui finit bien.  Je ressors de ces beaux bureaux (achetés avec l’argent de femmes botoxées assurément) soulagée mais avec un beau mal de bloc, dû au sang qui a lentement quitté mon visage durant ces deux secondes et qui tarde à revenir.   

Ce matin, en réfléchissant durant ma marche matinale, j’ai pensé aux gens qui m’entourent qui sont dans ce flottement que j’ai eu pendant deux secondes.  Pour eux, ça dure depuis des jours, des semaines.  Attendre après ce verdict final, cet examen qui va décider du reste.  Ma nature optimiste a de la misère à imaginer le pire scénario parce que d’habitude, quand tout est détecté tôt, soit c’est rien, soit ça se traite super bien.  On est bombardés d’histoires d’horreur autour de nous, tellement qu’on se dit :  Pourquoi pas moi, alors?  Mais j’aimerais dire humblement à toutes ces personnes que j’aime qu’il faut penser à ce moment comme un rappel à ce qui est important dans la vie.  Être en paix, régler ces petites guerres en-dedans de nous, faire son décrottage intérieur, écouter son cœur, cette petite voix qu’on n'entend pas toujours à cause du mouvement qu’il y a toujours autour de nous. 

Je pense à vous tous, je vous aime et j’envoie ma bonne étoile au-dessus de vous pour vous protéger et une grosse doudou pour vous réconforter.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire