J'ai scrapé mon dernier lundi de
congé.
Deuxième semaine de camp de jour pour
les flots, qui aimeraient toujours mieux rester à la maison mais
quand faut y aller, faut y aller, pas de discussion. SAUF QUE
vendredi, j'avais émis l'hypothèse de garder les enfants à
la maison si et seulement si, la meilleure amie de ma fille n'y
allait pas ce jour-là. Automatiquement, en sachant que l'amie en
question y allait, ça allait de soi qu'ils y allaient aussi. SAUF
QUE mon gars a un peu de misère avec les peut-être. Dans le
doute, s'abstenir de dire quoi que ce soit. Moi pis ma grande
gueule. Alors, en ce beau lundi matin, Fiston boque (encore) pour ne
pas aller au camp de jour, tout en sachant très bien que je suis en
congé et que j'avais dit que je les garderais à la maison (avec un
peut-être pas entendu encore une fois). Et me voilà à 7h30
le matin, les baguettes en l'air, des pistolets dans les quenoeils et
la steam qui me sort du nez, en train de proférer des menaces de
journée d'enfer (le contraire de cool, vous voyez le genre). Fiston
me tient tête comme seul lui peut le faire mais je réussis à le
faire embarquer dans l'auto avec sac à dos et sac à lunch au cas où
il changerait d'idée (ma fâcheuse habitude d'être optimiste).
C'est sûr que, rendu là-bas, il ne veut pas débarquer alors je le
ramène en tirant virtuellement du fusil avec mes yeux dans le
rétroviseur et je me dis qu'il doit se taper dans la mitte d'avoir
réussi à gagner une journée de plus de fin de semaine. Sans le
faire voir quand même car il ne sait pas s'il peut y avoir tout à
coup un eject sur la banquette arrière.
Mea culpa. Par ma faute, par ma très
grande faute.
« La journée se passera selon
MES règles. J'ai des choses à faire et je n'ai aucune minute à te
consacrer. Le DS, l'ordinateur, le Gamecube, la Wii et la télé
sont in-ter-dits. Tu as le droit de lire et considère ça comme une
chance incroyable. Je fais de la bouffe une partie de la journée et
tu n'as pas le droit de m'aider car tu trouves ça le fun. Tu devras
m'accompagner à l'épicerie même si ça te tente pas. La piscine
est permise juste pour te saucer deux minutes parce que je ne suis
pas supposée avoir quelqu'un à surveiller aujourd'hui. Tu vas
tellement pas aimer ta journée que demain, tu vas pleurer pour aller
au camp de jour. Aimerais-tu mieux y retourner tout de suite?
Moui...
Ah mais là, tu vas arriver en plein
milieu d'une activité, ça te tente toujours?
Non. Mais si je t'aide toute la
journée, est-ce que tu vas le dire à papa?
Ben voyons! Certain que ton père va
le savoir!
Ouiiiiiin! Je veux pas que papa le
sache! » (De quoi t'as peur? T'es pogné avec une mère en
furie right now et tu crains la colère de ton père dans 7
heures???)
Et c'est cela qui est cela. Une bonne
partie de la journée à froncer des sourcils et même quand la
frustration se tasse, je tiens la corde serrée pour ne pas que cette
journée devienne agréable. Fiston a plié les deux bacs remplis de
linge et a rangé le tout (oui!oui!) de sa propre initiative. Il est
allé par trois fois porter les résidus de légumes dans le
composteur en me demandant s'il était mon serviteur (ouais mon
pit!). Il a lu tous ses livres de bibli et quand il est venu me voir
pour me demander ce qu'il pourrait faire, je lui ai fait passer
l'aspirateur partout au rez-de-chaussée. Je faisais du Jell-O et il
voulait le brasser et là, je lui ai dit : « c'est-tu
l'fun, ça?
Non... (avec des yeux remplis de
pôptitude).
Juste un peu, d'abord. »
En allant chercher sa grande sœur au
camp, il lui raconte toutes les choses terribles que je lui ai fait
faire et lui dit : « c'était pas la pire journée de ma
vie mais c'était pas la plus belle non plus. En tout cas, t'es ben
chanceuse d'être allée au camp de jour! »
Vous jugez sûrement gros comme le bras
mais vous connaissez pas le moineau. Depuis qu'il est sorti de mon
ventre, il y a de cela huit ans, il nous boque ça régulièrement et
souvent, sans raison autre que «ça me tente pas ». On a
tellement d'heures de négociation accumulées avec cet enfant-là
que je suis certaine qu'on pourrait travailler avec la police dans
les pires prises d'otage. Les moyens détournés, les flatteries,
les menaces en l'air et réelles, le chantage, lui promettre la lune,
ça vaut pas un clou. Tous les beaux enseignements qu'on avait eus
dans nos cours de Parent-guide, Parent-complice, pshitt! Partis!
L'Alzheimer du parent incompétent. Cette fois-ci, il était triste
que son ami soit en vacances donc absent du camp de jour et avait
peur d'être tout seul. Je lui ai expliqué de long en large que je
ne l'aidais pas du tout en le gardant ici parce qu'il retardait le
problème qui allait se poser de toute façon le lendemain. La
timidité, j'en connais un bout mais je sais que, sans une « petite »
poussée de notre part, il ne se mettra pas volontairement dans des
situations où il doit aller vers les autres, s'ouvrir à eux et
avoir confiance en ses moyens de faire connaître sa belle
personnalité.
Mon cœur saigne quand je les voie
affronter les 50 enfants lâchés lousse dans le centre communautaire
et je revis des moments de mon enfance où j'ai pleuré en allant au
terrain de jeu. Et ma mère qui m'a ramenée, sûrement en sacrant
dans son for intérieur qu'elle aurait pu avoir un peu de temps pour
elle, étant maman à la maison. Mais non! Peut-être que si elle
m'avait obligée... Je l'aurais sans doute détestée pour ça.
Serais-je devenue une jeune fille plus dégourdie? Plus confiante?
Plus sociable? Allez donc savoir. Cela dit, les chats donnent pas
des chiens et nos enfants, ben, gênés ou pas, y ont pas le choix de
se dégourdir plus vite parce que leurs méchants parents travaillent
toute l'année.
J'ai hâte de voir, dans dix, vingt
ans, ce qu'ils vont nous reprocher. J'ai comme l'impression que ce
sera pas le camp de jour.
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