samedi 18 août 2012

Le jour le plus long de ta vie


J'ai scrapé mon dernier lundi de congé.

Deuxième semaine de camp de jour pour les flots, qui aimeraient toujours mieux rester à la maison mais quand faut y aller, faut y aller, pas de discussion. SAUF QUE vendredi, j'avais émis l'hypothèse de garder les enfants à la maison si et seulement si, la meilleure amie de ma fille n'y allait pas ce jour-là. Automatiquement, en sachant que l'amie en question y allait, ça allait de soi qu'ils y allaient aussi. SAUF QUE mon gars a un peu de misère avec les peut-être. Dans le doute, s'abstenir de dire quoi que ce soit. Moi pis ma grande gueule. Alors, en ce beau lundi matin, Fiston boque (encore) pour ne pas aller au camp de jour, tout en sachant très bien que je suis en congé et que j'avais dit que je les garderais à la maison (avec un peut-être pas entendu encore une fois). Et me voilà à 7h30 le matin, les baguettes en l'air, des pistolets dans les quenoeils et la steam qui me sort du nez, en train de proférer des menaces de journée d'enfer (le contraire de cool, vous voyez le genre). Fiston me tient tête comme seul lui peut le faire mais je réussis à le faire embarquer dans l'auto avec sac à dos et sac à lunch au cas où il changerait d'idée (ma fâcheuse habitude d'être optimiste). C'est sûr que, rendu là-bas, il ne veut pas débarquer alors je le ramène en tirant virtuellement du fusil avec mes yeux dans le rétroviseur et je me dis qu'il doit se taper dans la mitte d'avoir réussi à gagner une journée de plus de fin de semaine. Sans le faire voir quand même car il ne sait pas s'il peut y avoir tout à coup un eject sur la banquette arrière.

Mea culpa. Par ma faute, par ma très grande faute.

« La journée se passera selon MES règles. J'ai des choses à faire et je n'ai aucune minute à te consacrer. Le DS, l'ordinateur, le Gamecube, la Wii et la télé sont in-ter-dits. Tu as le droit de lire et considère ça comme une chance incroyable. Je fais de la bouffe une partie de la journée et tu n'as pas le droit de m'aider car tu trouves ça le fun. Tu devras m'accompagner à l'épicerie même si ça te tente pas. La piscine est permise juste pour te saucer deux minutes parce que je ne suis pas supposée avoir quelqu'un à surveiller aujourd'hui. Tu vas tellement pas aimer ta journée que demain, tu vas pleurer pour aller au camp de jour. Aimerais-tu mieux y retourner tout de suite? 

Moui...

Ah mais là, tu vas arriver en plein milieu d'une activité, ça te tente toujours?

Non. Mais si je t'aide toute la journée, est-ce que tu vas le dire à papa?

Ben voyons! Certain que ton père va le savoir!

Ouiiiiiin! Je veux pas que papa le sache! » (De quoi t'as peur? T'es pogné avec une mère en furie right now et tu crains la colère de ton père dans 7 heures???)

Et c'est cela qui est cela. Une bonne partie de la journée à froncer des sourcils et même quand la frustration se tasse, je tiens la corde serrée pour ne pas que cette journée devienne agréable. Fiston a plié les deux bacs remplis de linge et a rangé le tout (oui!oui!) de sa propre initiative. Il est allé par trois fois porter les résidus de légumes dans le composteur en me demandant s'il était mon serviteur (ouais mon pit!). Il a lu tous ses livres de bibli et quand il est venu me voir pour me demander ce qu'il pourrait faire, je lui ai fait passer l'aspirateur partout au rez-de-chaussée. Je faisais du Jell-O et il voulait le brasser et là, je lui ai dit : «  c'est-tu l'fun, ça?

Non... (avec des yeux remplis de pôptitude).

Juste un peu, d'abord. »

En allant chercher sa grande sœur au camp, il lui raconte toutes les choses terribles que je lui ai fait faire et lui dit : « c'était pas la pire journée de ma vie mais c'était pas la plus belle non plus. En tout cas, t'es ben chanceuse d'être allée au camp de jour! »

Vous jugez sûrement gros comme le bras mais vous connaissez pas le moineau. Depuis qu'il est sorti de mon ventre, il y a de cela huit ans, il nous boque ça régulièrement et souvent, sans raison autre que «ça me tente pas ». On a tellement d'heures de négociation accumulées avec cet enfant-là que je suis certaine qu'on pourrait travailler avec la police dans les pires prises d'otage. Les moyens détournés, les flatteries, les menaces en l'air et réelles, le chantage, lui promettre la lune, ça vaut pas un clou. Tous les beaux enseignements qu'on avait eus dans nos cours de Parent-guide, Parent-complice, pshitt! Partis! L'Alzheimer du parent incompétent. Cette fois-ci, il était triste que son ami soit en vacances donc absent du camp de jour et avait peur d'être tout seul. Je lui ai expliqué de long en large que je ne l'aidais pas du tout en le gardant ici parce qu'il retardait le problème qui allait se poser de toute façon le lendemain. La timidité, j'en connais un bout mais je sais que, sans une « petite » poussée de notre part, il ne se mettra pas volontairement dans des situations où il doit aller vers les autres, s'ouvrir à eux et avoir confiance en ses moyens de faire connaître sa belle personnalité.

Mon cœur saigne quand je les voie affronter les 50 enfants lâchés lousse dans le centre communautaire et je revis des moments de mon enfance où j'ai pleuré en allant au terrain de jeu. Et ma mère qui m'a ramenée, sûrement en sacrant dans son for intérieur qu'elle aurait pu avoir un peu de temps pour elle, étant maman à la maison. Mais non! Peut-être que si elle m'avait obligée... Je l'aurais sans doute détestée pour ça. Serais-je devenue une jeune fille plus dégourdie? Plus confiante? Plus sociable? Allez donc savoir. Cela dit, les chats donnent pas des chiens et nos enfants, ben, gênés ou pas, y ont pas le choix de se dégourdir plus vite parce que leurs méchants parents travaillent toute l'année.

J'ai hâte de voir, dans dix, vingt ans, ce qu'ils vont nous reprocher. J'ai comme l'impression que ce sera pas le camp de jour.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire