Pour m'aider à supporter
mon corps en ce dimanche de canicule de fin août, je suis allée
faire un petit tour dans les magasins de meubles et déco. On a
rénové la salle de bain du rez-de-chaussée en mars et je n'ai pas
encore trouvé les foutus porte-serviettes et le papier de toilette
est, depuis ce temps aussi, astucieusement placé sur la vanité.
Pis, tant qu'à y être, me dit mon chum, check donc pour un cadre.
Tant qu'à y être aussi, commence donc à checker les
électroménagers pour l'an prochain, question de savoir combien ça
va nous coûter, c'te cuisine-là. Il sait que j'aime ça, fouiner
un peu pour rêver.
Résultat : pas
encore trouvé les porte-serviettes parce que j'ai mon idée et je la
trouve à nulle part. Un genre d'échelle en demi-lune pour
accrocher plusieurs serviettes que j'ai vue sur internet mais qu'ils
vendent seulement en Europe. Pas question de payer pour du shipping,
il doit bien y avoir quelque chose qui y ressemble un peu dans le tas
de magasins que j'ai près de chez moi! Ben non! Moi pis mes idées
qui me décollent pas de la tête... Je trouve rien de beau, tout
est ordinaire. Si vous êtes comme moi et que vous aimez regarder
les photos de déco pour vous inspirer, remarquez bien comment les
porte-serviettes/porte-papier de toilette ne sont JAMAIS mis en
évidence, même dans les salles de bains à 20000 piasses! Et
souvent, pas de farce, la serviette pour s'essuyer les mains est
pendue sur le bord du lavabo, comme une jetée sur un divan.
Pourquoi je me casse la tête quand c'est déjà si chic de laisser
ça de même!
Je suis aussi allée
fouiner au gros magasin de meubles nouvellement construit près de
chez moi. J'habite dans une ville relativement aisée où les
propriétaires de magasins se font accroire que les gens se peuvent
pu d'aller dépenser leurs millions chez eux. Nous avons donc
plusieurs immenses bâtisses sur trois étages remplies de divans, de
tables, de tivis et d'électroménagers légèrement hors de prix.
Je rentre et je constate, vu que ça vient d'ouvrir à 11h, que les
vendeurs se tournent les pouces et qu'ils m'ont spottée comme une
nuée de mouches noires sur une pitoune parfumée en plein mois de
juin. La vendeuse gagnante vient me donner sa carte de vendeuse et
m'invite à la « caller » (c'est moi qui le dit) si j'ai
besoin. Parce qu'elle reste tellement près (je sens son regard me
picoter la nuque) que j'ai le goût de courir à travers les divans
et me cacher dans un des buffets.
Après avoir fait le
premier étage, 30 minutes plus tard, elle revient à la charge en me
demandant ce que je cherchais exactement pour qu'elle puisse m'aider.
Ben rien, je t'ai dit tal'heure, mouche à marde! Je fouine, c'est
tout! Je l'ai pas dit pour vrai, voyons.
Je monte au deuxième,
section autres divans fancy et électros que le nouveau vendeur
attitré à moi frotte assidûment avec sa tite guenille et son
ti-stuff à stainless (ça donne le goût). Lui y avait pas de carte
mais il me suivait désespérément comme son acolyte du premier,
comme si j'avais l'air de la madame qui allait clancher 10000 piasses
de poêle-frigo-lave-vaisselle à matin. Tsé, quand tu penses
positif.
Des idées, j'en ai eues.
Tout est une coche au-dessus de ce que la classe moyenne peut se
permettre pour meubler leur bungalow ordinaire. Alors, la question
est : ça vaut-tu la peine d'avoir une si grande surface de
beaux meubles chers et autant de vendeurs pour 1% de la population
métropolitaine qui est pleine aux as? Ça me fait toujours freaker
quand je vois une nouvelle boutique de produits luxueux ouvrir ses
portes près de chez moi. Y a-tu juste moi qui ne peux pas
s'approvisionner en chaudrons de toutes les couleurs chez Le Creuset?
Et qui se paie le frigo à 8000$ que j'ai vu tantôt? Tu mets quoi
là-dedans? Ton baloney pis ta Coors light? J'avais le tournis tout
à coup. Y a quelque chose qui a tilté dans ma caboche et je suis
sortie du magasin, les deux pouces dans les poches d'en avant, l'air
relax mais au fond de mon moi-même, j'étouffais ben raide.
Je suis du genre tout le
temps contente de ce que j'ai, sauf bien sûr, mon plancher de
céramique de cuisine dont le coulis est tout pété. J'aime les
belles choses mais je ne ré-hypothéquerais pas ma maison pour
m'acheter une plaque à induction absolument. Quoique... ben non!
Tout ça m'a donné le goût de vous partager mon trip de richarde,
ou plutôt la seule chose pour laquelle je ferai une folie, un jour :
un tableau. Un gros pis trop cher. À chaque année, je vais au
symposium de peinture près de chez moi et je fais le tour en
rêvassant. Pas connaisseuse en peinture, pas pantoute. Juste le
feeling que certaines me font ressentir me donne le goût de sortir
ma carte et de partir avec une immense œuvre de Luce Lamoureux,
Daniel Vincent ou de Kim Veilleux. Je le vois tellement déjà sur
mon mur que je ne ferai même pas le saut quand je vais l'avoir en
vrai!
Et vous, votre folie,
c'est quoi?
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