lundi 4 juin 2012

De l'amour en canne


Pour être parfaitement sincère avec vous, je n'ai pas l'impression que mon fils me regarde avec des yeux en cœur. Je l'ai entendu souvent, la réplique à ça : « Tu vas voir, plus tard, il va vouloir se marier avec toi! ». Ça n'arrivera pas chez nous. Fiston nous a déjà dit que, quand il allait être mort, il allait se faire enterrer avec son père, c'est-à-dire dans le même cercueil... De l'amour, vous dites? C'est pas mêlant, son papa, il chie pas de marde. Moi, disons que je suis acquise. Je dis pas ça pour faire pitié, oh non! Ça fait longtemps que je suis au courant que je suis la deuxième préférée et je sais très bien que mon fils m'aime à sa manière, m'aime tout court à vrai dire. Et c'est correct comme ça. Il fait partie des enfants qui ont un papa attentionné, présent, chaleureux, colleux, qui invente des histoires abracadabrantes juste avant de dormir, un papa poule comme il en court pas trop les rues. Au lieu d'être élevés par le traditionnel papa pourvoyeur comme la plupart des gens de mon âge, j'ai hâte de voir quelle génération d'adultes ça va engendrer. Ça peut pas rien donner de mauvais, j'imagine!

En grandissant, mon bonhomme de huit ans s'est découvert, grâce à moi surtout, un grand intérêt pour le travail de maison, contrairement à sa sœur : vaisselle, pliage de linge, jardinage et surtout cuisine. Comment occuper un enfant qui vous chiale qu'il a faim à 17h? Vous lui mettez un couteau entre les mains et lui faites couper le concombre en lui permettant de manger un ou deux ou trois morceaux. À la longue, il sera capable de vous produire une salade pleine de légumes ou de fruits, cuire une batch de muffins ou faire de fabuleux roulés au jambon. Si au moins j'aurai légué le goût de la cuisine à mon fils, j'en serai bien fière quand je rencontrerai sa blonde pour la première fois!

L'an passé, dans mes lundis de congé où ma fille mangeait à l'école à cause de sa chorale, j'allais chercher mon gars pour dîner. Je ne me souviens plus comment ça s'est passé, sûrement comme un de ces moments où on pense que c'est rien du tout mais qu'on se rend compte plus tard qu'une tradition était en train de s'installer. Je m'adonnais à mon plaisir solitaire, c'est-à-dire manger une canne de sardines direct dans la canne avec une tite toast beurrée ou des biscottes. Je dis solitaire car manger ces petites bêtes devant mon chum équivaut presqu'au divorce instantané. Je vous le dis, je ne m'en souviens pu comment c'est arrivé, mais j'ai dû faire goûter à mon petit homme et, contre toute attente, il a AIMÉ ÇA! Être amateur de sardines, ça se force pas. On adore ou on haït ça. Mon gars qui mange son spagat pas de sauce, qui crache sur mon super chili con carne, qui plisse le nez sur les recettes nouvelles et qui refuse tout légume cuit mange une canne de sardines dans l'eau à lui tout seul avec un plaisir évident. Le plus grand mystère après la Caramilk selon mon chum.  Le plaisir ne serait pas complet s'il n'y avait pas le papa et la sœur qui sont carrément dégoûtés juste en entendant le mot!   On se bidonne tous les deux et moi je me rassure en me disant qu'il y a un petit peu de moi dans ce flot-là.

- Maman, oublie pas d'acheter des sardines en allant à l'épicerie!

- Pas de danger, mon petit pit. Si ça peut me rapprocher encore plus de toi, j'irai jusqu'au Maroc pour pêcher les meilleures.

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