Pour être parfaitement sincère avec
vous, je n'ai pas l'impression que mon fils me regarde avec des yeux
en cœur. Je l'ai entendu souvent, la réplique à ça : « Tu
vas voir, plus tard, il va vouloir se marier avec toi! ». Ça
n'arrivera pas chez nous. Fiston nous a déjà dit que, quand il
allait être mort, il allait se faire enterrer avec son père,
c'est-à-dire dans le même cercueil... De l'amour, vous dites?
C'est pas mêlant, son papa, il chie pas de marde. Moi, disons que
je suis acquise. Je dis pas ça pour faire pitié, oh non! Ça fait
longtemps que je suis au courant que je suis la deuxième préférée
et je sais très bien que mon fils m'aime à sa manière, m'aime tout
court à vrai dire. Et c'est correct comme ça. Il fait partie des
enfants qui ont un papa attentionné, présent, chaleureux, colleux,
qui invente des histoires abracadabrantes juste avant de dormir, un
papa poule comme il en court pas trop les rues. Au lieu d'être élevés par le traditionnel papa pourvoyeur comme la plupart des gens de mon âge, j'ai hâte de voir quelle génération
d'adultes ça va engendrer. Ça peut pas rien donner de mauvais,
j'imagine!
En grandissant, mon bonhomme de huit
ans s'est découvert, grâce à moi surtout, un grand intérêt pour le travail de maison,
contrairement à sa sœur : vaisselle, pliage de linge,
jardinage et surtout cuisine. Comment occuper un enfant qui vous
chiale qu'il a faim à 17h? Vous lui mettez un couteau entre les
mains et lui faites couper le concombre en lui permettant de manger
un ou deux ou trois morceaux. À la longue, il sera capable de vous
produire une salade pleine de légumes ou de fruits, cuire une batch
de muffins ou faire de fabuleux roulés au jambon. Si au moins
j'aurai légué le goût de la cuisine à mon fils, j'en serai bien
fière quand je rencontrerai sa blonde pour la première fois!
L'an passé, dans mes lundis de congé
où ma fille mangeait à l'école à cause de sa chorale, j'allais
chercher mon gars pour dîner. Je ne me souviens plus comment ça
s'est passé, sûrement comme un de ces moments où on pense que
c'est rien du tout mais qu'on se rend compte plus tard qu'une
tradition était en train de s'installer. Je m'adonnais à mon
plaisir solitaire, c'est-à-dire manger une canne de sardines direct
dans la canne avec une tite toast beurrée ou des biscottes. Je dis
solitaire car manger ces petites bêtes devant mon chum équivaut
presqu'au divorce instantané. Je vous le dis, je ne m'en souviens
pu comment c'est arrivé, mais j'ai dû faire goûter à mon petit
homme et, contre toute attente, il a AIMÉ ÇA! Être amateur de
sardines, ça se force pas. On adore ou on haït ça. Mon gars qui
mange son spagat pas de sauce, qui crache sur mon super chili con
carne, qui plisse le nez sur les recettes nouvelles et qui refuse
tout légume cuit mange une canne de sardines dans l'eau à lui tout
seul avec un plaisir évident. Le plus grand mystère après la
Caramilk selon mon chum. Le plaisir ne serait pas complet s'il n'y
avait pas le papa et la sœur qui sont carrément dégoûtés juste
en entendant le mot! On se bidonne tous les deux et moi je me rassure en me disant qu'il y a un petit peu de moi dans ce flot-là.
- Maman, oublie pas d'acheter des
sardines en allant à l'épicerie!
- Pas de danger, mon petit pit. Si ça
peut me rapprocher encore plus de toi, j'irai jusqu'au Maroc pour
pêcher les meilleures.
Si c'est pas d'l'amour ça madame.
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beurk!